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outilleur

  • UN DES DERNIERS OUTILLEURS, J-L Lambert de Haut-Fays


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     PORTRAIT D'UN METIER QUI DISPARAIT

    Jean-Luc Lambert exerce à Haut-Fays un métier rare et hors du commun qui se pratique souvent au départ des industries. Il est outilleur spécialisé, créateur d’outils, de machines à faire des pièces par dizaines de milliers, ou tout simplement la pièce unique, nécessaire au fonctionnement de la machine.

    « On compte encore un ou deux clients demandeurs en Wallonie, commente Jean-Luc, On travaille pour l’industrie et les usines. Ils viennent parfois juste une fois par an, quand ils ont besoin. on doit aussi créer des transmissions, des engrenages.» Il est pratiquement le seul en Wallonie. 

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    - Que peut-on faire chez vous avec vos drôles de machines ?

     

    "Tout et sur mesure. J’ai travaillé à Haute-Rivière (F) dans une boulonnerie comme outilleur.  Pour réaliser une banale vis, une matrice doit être fabriquée rien que pour y écrire votre nom. C’est le cas le plus simple pour une pièce propre à la fabrication industrielle"

     

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    Des pièces compliquées à réaliser ?

    « Des outils de coupe, c’est aussi de l’outillage avec une application bien précise.  Lorsque la mèche et la fraise ne conviennent pas telles qu’elles sont livrées, il faut les réaliser. Il faut remplacer des pièces pour des grandes manufactures, provenant de machines uniques, n’étant plus de stock, pour la continuité de la machine en panne. La réalisation est compliquée. On doit retrouver ses mesures et la recopier au travers d’une pièce fichue. »

     

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    Comment êtes vous venu à cette profession ?

     

    « Mon métier se trouve dans un bouquin de mécanique et dans un ordinateur. Il faut concrétiser la chose pour obtenir des pièces. Chacun peut avoir toutes ces machines qui sont ici à condition d’investir et savoir les faire aller !  Certaines personnes ayant le moyen en ont acheté et les ont revendues très vite, faute de savoir les faire fonctionner, ça ne leur parlait pas...  Les vraies pièces ne parlent à personne, juste quand elles sont finies, après avoir demandé beaucoup de calculs pour obtenir  le mouvement souhaité. »

     

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    Et vos drôles de machines ?

     

    Il y a le tour numérique, la fraiseuse ordinaire et celle numérique, l’électro- érosion, la brocheuse, mortaiseuse perceuse, rectifieuse plane ou cylindrique, la tailleuse par outil crémaillère, ou conique droit, universelle simple ou par génération, à couple conique, un four pour traitement thermique … et je compte encore en acquérir d’autres. Et puis, l’ordinateur et les systèmes informatiques dans lesquels je me suis plongé depuis 1992 pour pouvoir faire travailler mes machines. C’est ici  avec l’informatique qui me donne les chiffres que je commence la réalisation de mes matrices pour faire tourner l’outil.

     

     

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    Y a-t-il encore des matriciens ?

    Les repreneurs d’usine ont oublié que les matriciens devaient les faire tourner. Ils ont renvoyé  les outilleurs sans avoir compris qu'ils’étaient les seuls capables de leur fournir l’outillage.Les quelques usines de la région tournaient avec le même outilleur, il est décédé, et le manque de cette technologie a fait fuir la production de ces usines.

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    Quelles études ?

    Six ans d’école secondaire, vingt ans pour se tenir au courant, utiliser  des programmes uniques sur ordinateur, travailler sur le tas, apprendre et se plier à toutes les exigences du métier. La pièce peut être ronde ou avec des  dentures, il faut l'étudier, retrouver les calculs et l’amener jusqu’à son aboutissement. Tout un travail. J’espère apprendre et former au moins une personne pour que le métier ne disparaisse pas.